Salammbô, déesse de Carthage

Flaubert, Flaubert, on ne saurait parler du 19ème siècle sans évoquer notre bon vieux Gustave, dont nous avons tous un livre caché au fond de nos bibliothèques – ou servant de cale à un meuble plus ancien encore.

Moi-même, alors que je passais un bac L, je plongeais pour la première fois dans sa bibliographie avec sa fameuse Madame Bovary. Et quelle plaie, que cette Bovary, qui s’ennuie et qui ennuie par le même temps son lecteur. Après ça j’ai juré, Flaubert, plus jamais ! Mais, vous le savez tout comme moi, que l’Homme est faible face à la tentation. Et comme le disait notre cher Wilde, « la meilleure façon de résister à une tentation, est d’y céder ».

Alors me voilà, aujourd’hui Salammbô dans les mains, à l’occasion d’un cours sur l’Orientalisme. Et je vous supplie, lecteurs de tous horizons, laissés Emma à Yonville et venez donc à Carthage ! Quelle atmosphère, quelle poésie, comment est-ce possible que ce soit le même auteur ? Loin, très loin des lourdes descriptions de la campagne normande, se développe au contraire un paysage exotique et fascinant, sanglant, parfumé, avec un goût de sel et de soleil. C’est l’histoire de Salammbô, la plus belle femme de Carthage, fille du suffète Hamilcar, autant dire, une princesse orientale à la longue chevelure noire. Face à elle, Mâtho, lybien engagé dans une armée de mercenaire pour défendre Carthage contre les romains. La première, prêtresse de Tanit, déesse de la lune, le second approché au sulfureux dieu soleil Moloch. Complémentaires, leur destinée liée est annoncée dès le prochain chapitre, et pourtant, c’est bien l’histoire de leur amour impossible que va nous compter Flaubert. Et oui, G.R.R. Martin n’a pas inventé « My sun and star » et « Moon of my life ». Mais cette passion est sur fond d’une confrontation entre Carthage, dont les caisses sont vides à cause de la guerre, et les mercenaires qui refusent de partir sans leur dû.

Le premier chapitre, appelé le Festin, est l’occasion d’une débauche de nourriture, mais aussi d’un carnage qui aura pour victimes les esclaves d’Halmicar, mis au service des mercenaires pour les récompenser de leurs services. Interrompant le massacre, Salammbô fait sa première apparition.

Le palais s’éclaira d’un seul coup à sa plus haute terrasse, la porte du milieu s’ouvrit, et une femme, la fille d’Hamilcar elle−même, couverte de vêtements noirs, apparut sur le seuil. Elle descendit le premier escalier qui longeait obliquement le premier étage, puis le second, le troisième, et elle s’arrêta sur la dernière terrasse, au haut de l’escalier des galères. Immobile et la tête basse, elle regardait les soldats. […] Sa chevelure, poudrée d’un sable violet, et réunie en forme de tour selon la mode des vierges chananéennes, la faisait paraître plus grande. Des tresses de perles attachées à ses tempes descendaient jusqu’aux coins de sa bouche, rose comme une grenade entrouverte. Il y avait sur sa poitrine un assemblage de pierres lumineuses, imitant par leur bigarrure les écailles d’une murène. Ses bras, garnis de diamants, sortaient nus de sa tunique sans manches, étoilée de fleurs rouges sur un fond tout noir. Elle portait entre les chevilles une chaînette d’or pour régler sa marche, et son grand manteau de pourpre sombre, taillé dans une étoffe inconnue, traînait derrière elle, faisant à chacun de ses pas comme une large vague qui la suivait. […] Personne encore ne la connaissait. On savait seulement qu’elle vivait retirée dans des pratiques pieuses. Des soldats l’avaient aperçue la nuit, sur le haut de son palais, à genoux devant les étoiles, entre les tourbillons des cassolettes allumées. C’était la lune qui l’avait rendue si pâle, et quelque chose des Dieux l’enveloppait comme une vapeur subtile. Ses prunelles semblaient regarder tout au loin au−delà des espaces
terrestres.

C’est pas le même délire qu’Emma et ses envies d’évasion parisienne, n’est-ce pas ? Vous auriez tord de passer à côté de Salammbô à cause d’une mauvaise première lecture, parce qu’il faut clairement commencer par ce roman pour appréhender les romans de Flaubert dans de bonnes conditions. D’abord, parce que cet homme a toujours été passionné par les romans historiques, c’est vraiment ce qu’il préfère et c’est dans ce domaine qu’il va montrer le plus de créativité. Et dans le même temps, il a fait un profond travail de recherche, comme le demande le Réalisme, auquel il appartient, allant même jusqu’à faire le voyage en Tunisie pour voir les ruines de la ville.

Ce livre est un pur plaisir à lire et beaucoup plus facile que Madame Bovary, tout en restant représentatif du style de Flaubert. Si vous ne pouvez pas l’acheter dès maintenant, demandez-le à noël ! Il reste un classique parmi les classiques, je ne doute pas que toute bonne bibliothèque municipale n’en possède pas au moins un exemplaire.

A la semaine prochaine pour un autre livre, qui sera cette fois un essai sur la peinture !

2 commentaires sur “Salammbô, déesse de Carthage

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