S’il n’en restait que 10

Et s’il ne devait en rester que dix ? On vous a peut-être déjà décrit cette scène : vous êtes seul, sur une île déserte, mais un génie vous donne la possibilité de prendre avec vous dix de vos livres préférés du dix-neuvième siècle – c’est hyperspécifique comme voeu, soit, mais passons. Et bien, je peux dès aujourd’hui brandir fièrement ma liste et lui dire que j’ai déjà tout prévu pour passer du bon temps, avant de mourir de faim, de soif ou d’une maladie exotique. Le bonheur dans une bouteille à la mer donc.

J’avoue, j’ai eu beaucoup de mal à me fixer, j’ai d’abord voulu prendre dix livres français, puis en fait je me suis rendue compte que la littérature étrangère a aussi sa place sur ce blog. Mais, mes cours ne me permettent pas de lire grand-chose qui ne soit pas au programme, je devais renoncer aux soeurs Brontë, à J. Austen, H. Melville. Ce sont des auteurs à lire parce que leurs oeuvres ont influencés leur temps et le notre, et le fait qu’ils ne soient pas dans ma liste vient simplement du fait que je ne les ai pas encore lus. Ne me lancez pas la pierre trop tôt, je vais tenter d’y remédier sous peu !

  • Là-Bas, J. K. Huysmans

Vous souvenez-vous de Barbe Bleue ? C’est sans doute l’un des contes les plus terribles, même Disney n’en n’a pas voulu. Eh bien cette histoire est tirée de celle de Gilles de Ray, compagnon d’arme de Jeanne d’Arc, tombé dans le satanisme après la mort de cette dernière. Durtal, écrivain reclu dans son petit appartement parisien, tache d’écrire l’histoire de sa vie et pour cela se plonge dans le satanisme médiéval.

Alternant entre Moyen-Age et 19e siècle, Huysmans écrit avec Là-Bas le début d’une série de quatre livres dont Durtal est le héros. Mais c’est aussi un moment de rupture avec le naturalisme, le premier chapitre faisant une large critique de ce mouvement littéraire auquel était pourtant rattaché Huysmans. C’est une histoire qui parle de spiritisme, de magie, mais aussi profondément pessimiste, ancrée dans le courant Décadent. Entre sciences occultes et fin d’un monde rongé par les révolutions qui parcourent le siècle, Durtal a un pied dans la réalité de son siècle et un autre dans l’imaginaire d’un passé violent mais fantasmé.

  • Madame Bovary, G. Flaubert

J’ai beau cracher sur elle dans mon article sur Salammbô, cette « une hideuse petite bourgeoise » comme le disait mon professeur, ne manque pas d’un certain charme. Emma, nous avons tous eu pitié de toi, recluse dans ta campagne. Yonville l’Abbaye, ce n’est pas la banlieue parisienne et Charles n’est pas le grand médecin que tu imaginais épouser.

Prisonnière de son quotidien réaliste, Emma est une éternelle romantique, nourrie depuis son plus jeune âge aux romans courtois et déçue par la vie. La fille de fermier rêvait d’une grande vie, de s’extraire de sa condition sociale. On n’est pas très loin de la fatalité héréditaire des romans zoliens.

  • Bel-Ami, G. de Maupassant

Lautrec_monsieur_louis_pascal_1891Lecture d’un été, j’ai été agréablement surprise par ce récit aux teintes de la vie parisienne. On vit littéralement au rythme de la capitale au 19e siècle, entre politique et journalisme, plongé dans les ambitions de Georges Duroy, jeune homme revenant de la guerre en Afrique. Alors qu’il se promène dans Paris, il recroise son ancien ami, Forestier, devenu journaliste pour La Vie Française.

Bel-Ami, c’est le Don Juan qui n’est jamais puni, c’est celui qui affronte le ciel, qui vise toujours plus loin dans le vice, dans l’ambition. C’est l’arriviste qui parvient, c’est celui qui sait mettre la chance de son côté. Il pari et il gagne.

  • Cyrano de Bergerac, E. Rostand

Lloyd_Corrigan-José_Ferrer_in_Cyrano_de_BergeracCyrano, c’est le gascon, l’homme fier, l’homme érudit, l’homme qui parle, qui se compense la longueur de son nez par la chute de ces monologues. Et pourtant, sous son grand sourire et sa répartie, il est amoureux de la plus belle, sa cousine Roxane. Il est son ami le plus proche, mais elle ne le regarde pas comme un amant. Par ailleurs, elle est courtisée par le comte de Guiche, qui veut en faire sa maîtresse – et la mariée au vicomte Valvert, ainsi que par Christian, un jeune noble tombée sous son charme. Mais voilà, Christian ne sait pas comment lui écrire des vers et demande des conseils à Cyrano, qui accepte de lui venir en aide.

Je l’ai lu, lu et relu et je ne me lasse jamais de cette pièce de théâtre. Beaucoup la connaisse pour son adaptation très fidèle sur grand écran, avec Depardieu dans le rôle titre.

  • Les Fleurs du Mal, C. Baudelaire

Le spleen de Paris, le mal de la fin de siècle, Paris, ses murs gris, ses mendiants et ses filles. Oeuvre scandaleuse, oeuvre condamnée, et qui pourtant résonne si bien encore aujourd’hui dans le coeur de tous. Ce recueil de poèmes est sans doute le plus connu du 19e siècle, concurrençant Hugo, Lamartine, Verlaine et Rimbaud.

« Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »

– L’Albatros

Une oeuvre à avoir sur sa table de chevet, pour nous rappeler que ce n’était pas mieux avant.

  • Faust, J. W. von Goethe

Peter_von_Cornelius_-_Faust_bietet_Gretchen_den_Arm

Personne ne l’a lu, mais tout le monde connait la grande histoire du docteur Faust, qui faisant un pacte avec Méphistophélès. Il le fait pour deux raisons : pour accéder à de nouvelles connaissances (il considère avoir atteint la limite des sciences humaines, mais en veut plus) et rajeunir pour pouvoir courtiser la belle et jeune Marguerite. Tiraillé entre son ambition scientifique et son amour sincère pour la villageoise, son coeur balance.

Ecrit sous l’influence du mouvement littéraire allemand Sturm und Drang (« Tempête et passion »), il faudra près de trente ans de rédaction à Goethe. C’est une pièce de théâtre qui interroge les limites de la connaissance humaine, mais aussi le motif du choix et de la magie. Je ne connaissais pas, avant de le lire, l’histoire d’amour avec Marguerite, et c’est le passage qui m’a le plus touché. On ressent vraiment le côté naïf et humain de ce vieil homme rajeunie qui explore un monde en dehors des livres, un monde de joie et d’amour.

  • Le Portrait de Dorian Gray, O. Wilde

La vie de Basil, peintre anglais, a été bouleverser par sa rencontre avec l’énigmatique Dorian Gray, jeune dandy dont la beauté n’est égale qu’à son égo. Il est sa muse, son inspiration et c’est pourquoi il lui a réalisé pour lui un portrait, un portrait fascinant, emprunt d’un grand réalisme et un véritable hymne à la beauté de Dorian. Tant et si bien que Dorian devient jaloux de se portrait, qui restera à jamais beau et jeune, tandis que lui va vieillir et s’enlaidir.

C’est l’histoire d’un voeux qui se transforme – comme trop souvent – en malédiction, l’histoire d’un portrait qui change, qui se transforme, tandis que son inspirateur ne change pas. Dans l’Angleterre puritaine, on estime que la beauté physique est égale à la beauté intérieure. Les gens beaux ne peuvent être que des bonnes personnes. Mais alors que Dorian possède un corps des plus enviables, son âme se dégrade à mesure que le temps passe et que peu à peu, il devient corrompu.

Ce livre est une mine à citations, dont l’une de mes préférées est sans doute :

« The only difference between a caprice and a life-long passion is that the caprice lasts a little longer. »

Comme énormément de livre, je l’ai lu pour un cours, mais quelle découverte et quelle joie d’avoir enfin pu le lire ! Je vous le conseille en particulier pour les liens entre les personnages, qui sont très ambigus, même si l’histoire est loin d’être mauvaise. Il ne faut pas oublier que c’est le seul roman de Wilde, qui s’est d’avantage consacré à la poésie et au théâtre. J’aurai d’ailleurs peut-être l’occasion un jour de vous parler de sa Salomé.

  • L’ile au Trésors, R. L. Stevenson

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Le roman pour tous les pirates ! Le petit Jim rencontre Billy Bones, pirate qui a décidé de s’installer un moment dans la taverne du père de Jim. Mais voilà, rien ne se passe comme prévu, le pirate meurt et laisse derrière lui une malle, qui renferme une mystérieuse carte : Jim et les pirates sont bien décidés à savoir jusqu’où elle va les mener !

 

 

Une lecture divertissante, qui nous emmène au coeur de la vie des pirates sur un ton parfois sombre, parfois comique. Idéal pour les enfants en quête d’une grande aventure sur les mers du globe et qui rêvent secrètement de découvrir eux aussi un trésor unique ! Mais je le conseille aussi aux adultes qui voudraient se plonger dans un univers un peu différent du notre et être quelques instants sur un bateau pirate à la recherche d’un coffre secret.

  • Dracula, B. Stocker

Sans doute l’oeuvre ici qui a le connu le plus d’adaptation, pour la télévision ou pour le cinéma. Celle qui intrigue le plus, celle qui a fait venir la peur des vampires dans les maisons. Et pourtant, cela part d’une histoire très simple. Jonathan Harker se rend au manoir du Comte Dracula en Transylvanie, pour affaire. Ils doivent discuter ensemble de l’achat d’une propriété londonienne. Mais quelque chose ne tourne pas rond. Peut-être ce manoir, perdu au milieu de la neige. Peut-être ce conducteur de calêche, qui ne décroche pas un mot. Peut-être ce comte, si pâle, si poli, si distingué, mais si froid.

Le premier roman épistolaire de blog ! Et quel roman ! Pas bien long, mais si prenant, si étrange. Je l’ai lu jeune, par curiosité – ado pendant la période de publication de Twilight, j’ai eu mon moment de fascination pour ce qui concerne les vampires – mais je pense néanmoins qu’il faut pouvoir le lire avec du recul. Il y a beaucoup de choses, de sous-entendus, qui ne peuvent être compris qu’un peu plus tard. A celles ou ceux qui voudraient le lire en anglais, bon courage, car l’oeuvre, bien que publiée dans la même période qu’Alice au Pays des Merveilles, ne s’adresse pas vraiment au même public et emploie un vocabulaire assez élevé. Cela vient aussi de classe social des personnages principaux. Néanmoins, avec un bon dictionnaire et de la patience, ce n’est pas insurmontable. Et à celles.eux qui comme moi, l’ont lu ou vont le lire en français, enjoy !

Entre lettres, articles, hésitations, sexe et mort, le roman aborde beaucoup les tabous de la société anglaise de l’époque. En effet, dans une société de la retenue, de l’intériorisation, ce roman exprime cette peur de l’instinct animal, de l’homme-sauvage, du monstre qui se cache à Londres, mais aussi peut-être dans le coeur de chaque Homme.

  • Alice au Pays des Merveilles, L. Carroll

J’ai lu les deux livres de Carroll voilà quelques années, à l’occasion d’une fête sur le thème d’Alice au Pays des Merveilles. C’est l’histoire d’une petite fille, Alice, qui tombe dans le terrier du lapin blanc. Nous découvrons alors à travers ses yeux d’enfant l’étrange Wonderland, à mesure qu’elle rencontre ses habitants et ses coutumes hauts en couleurs.

C’est un beau conte, lu sous l’influence du premier film de Burton, qui évidemment, ne ressemble en rien au livre, ahah. Mais cela reste une agréable lecture. Je pense essayer un jour de me trouver une version anglaise, d’autant que cela reste une lecture pour les enfants et que le vocabulaire ou les tournures ne sont pas difficiles à comprendre ! Une bonne façon de découvrir ce qui est devenu un classique de la littérature anglaise, mais aussi de parfaire sa compréhension de la langue de Shakespeare !

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