Coup de gueule : vraie et fausse littérature

C’est forcément une question qu’on est amené à se poser à un moment ou un autre : y a-t-il une « vraie » et une « fausse » littérature ?

C’est un débat qui nous semble bien contemporain, mais qui dure depuis en réalité des siècles. Littéralement parlant. Le roman est un genre qui est apparu au XIIe siècle, mais néanmoins bien après la poésie et le théâtre, qui eux existent depuis l’Antiquité.

 

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Couverture de Erec et Enide de Chrétien de Troyes, connu comme premier romancier.

Il y a donc eu pendant très (trèèèèès) longtemps un conflit entre ces genres, à mesure des Poétiques (essais sur la littérature). Existence bafouée, puis reconnue, mais toujours écartée des « vraies » oeuvres. Beaucoup d’écrivains, et même ce qu’on appellerait aujourd’hui des romans, faisaient tout pour ne pas être associé à ce genre. Ainsi, Voltaire a nommé sa série de livres, des « contes » philosophiques. Dans la même idée, beaucoup d’auteurs ont (faussement) cachés la genèse de leur roman en évoquant dans les préfaces ou le prologue, la découverte d’un manuscrit ancien qu’ils tentent de traduire.

C’est véritablement sous le XIXe que le roman explose et devient un genre littéraire incontournable, sous l’influence des romantiques, puis des réalistes et naturalistes qui vont tentés d’exploiter pour la première fois toutes les richesses de ce genre. De même, c’est à cette époque que naissent les premiers prix littéraires, notamment celui des Goncourt, qui récompensent des romans.

Mais alors ? Quel lien entre le roman et le débat sur la littérature ? Eh bien tout ! Aujourd’hui, ce n’est plus le roman qu’on critique, car il est maintenant sur le devant de la scène littéraire, mais bien la littérature de genre. Amour, fantasy, science-fiction ou policier, tout cela est rassemblé dans une catégorie, la littérature noire. En opposition, on retrouve la littérature blanche, dont les contributeurs regardent le plus généralement d’un air dédaigneux ce qui n’est pas de leur monde. Pourquoi ? La différence se trouve dans le public concerné par ces livres. La littérature blanche est peu lue, souvent par un cercle restreint d’intellectuels, bien que ces contributeurs soient assez médiatisés – car possédant un prix par exemple. La littérature de genre est plus « populaire », elle s’adresse à des enfants, des ados, des jeunes adultes, des femmes, des hommes, bref, à tout le monde. Pour certains auteurs de littérature blanche, c’est un sorte de décadence du roman, qui doit se faire populaire et dégrade le genre-même.

Cette notion de littérature populaire qui gène. C’est un problème qui existe aussi au cinéma, où à partir du moment où un film est trop « accessible » – par son message, son thème, sa réalisation -, il est devient « populaire » et au contraire, un film absolument incompréhensible va ravir le coeur des critiques, qui seront finalement les seuls à l’aimer. Dans le cas de la littérature, c’est exactement la même chose. Mais où s’arrête le populaire et où commence la « vraie » littérature ?

 

Beaucoup pensent que la « vraie » littérature, c’est la littérature classique. NON. La littérature classique n’était pas qu’adressée à un public de lettré. OUI se fut le cas. Mais ce n’est pas une généralité. Tout le monde connaissait Molière, les ouvriers allaient voir ses pièces car il a vécu à une époque où tout le monde allait au théâtre ! Quand Victor Hugo a publié les Misérables, les travailleurs s’en achetaient un en commun et faisait des lectures publiques pour ceux qui ne savaient pas les lire.

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Voyez Emma Bovary et ses romans d’amour qu’elle lisait au couvent ! Et pourtant, elle vient d’une ferme. Non, tout le monde n’avait pas les moyens de se payer des livres, non, tous les livres ne parlaient pas de la condition du « petit peuple », un thème qui n’est vraiment arrivé qu’avec Hugo et Zola. Ce que je veux dire, c’est qu’à l’époque, ils étaient mal vus par les écrivains de l’Académie, parce qu’ils écrivaient à propos des ouvriers et pour les ouvriers. Et pourtant, tout le monde aujourd’hui les voient comme de grands auteurs.

 

Alors, si quelqu’un vous parle de vraie ou de fausse littérature, de littérature blanche ou noire, dîtes-lui bien que ce n’est pas forcément les grands prix d’aujourd’hui qui marqueront l’histoire littéraire. Qu’un roman « populaire » peut donner autant à réfléchir d’un autre. Que les catégories ne sont faites que pour rassurer.

Il y a sans doute quelque approximation dans tout ce que je viens de dire, je m’en excuse par avance. Mais j’avais envie aujourd’hui de vous parler de ce sujet qui me tiens à coeur, alors que je réécoute le cours d’un de mes profs, lui-même auteur. Sa condescendance envers la littérature contemporaine me sors par les oreilles. Malheureusement il n’est pas le premier et ne sera pas le dernier. Si vous voulez en débattre en commentaire, je serai très intéressée par votre avis ! Sur ces mots, à bientôt pour une petite chronique !

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